Ce matin un petit espoir, Ulrich mange, boit, la paraffine a bien été évacuée, je retrouve un petit espoir que notre histoire dure encore un petit moment.

Je tente de me reposer, de vivre ma vie mais vers 15 h le téléphone sonne. Cela fait deux jours que je n'y réponds plus moi même ; Romain a posé sa journée pour que je puisse me déplacer si nécessaire.

Mon grand garçon est vraiment trop fatigué, il reste couché et je demande à Aurélie d'appeler la vétérinaire.

Le trajet en voiture se fait sous un flot de larmes et nous la laissons à la porte du domaine. Aurélie est là et le surveille, ses copains mangent à côté. Je me pose près de lui, je m'assois à ses côtés pour tenter de le réconforter, lui qui a si souvent été là pour moi.

Je ne compte pas les fois où j'étais arrivée dans son boxe, pour faire couler mes larmes dans sa crinière. Là c'est à moi d'être forte, à moi de lui dire que non, il ne doit pas s'acharner à essayer de se lever parce que je suis là. Pendant un moment il accepte mes gratouilles mais en tournant la tête avant de se coucher de tout son long.

Je coupe une mèche de crins pour la garder précieusement et épluche une orange. J'ai peu d'espoir qu'il la veuille mais il se redresse en la voyant et la mange sans soucis, avant de se recoucher de tout son long. Je reste encore au près de lui un long moment, la vétérinaire l'ausculte une dernière fois mais nous savons tous ce qu'il faut faire.

Je reste au près de lui alors qu'il s'endort mais c'est Aurélie qui sera là ensuite. Aussi bien elle, que Romain et la vétérinaire pensent que c'est mieux ainsi, que je n'ai pas besoin de voir ça, que j'ai fait tout ce que je pouvais.

Nous reprenons tous les deux la voiture en larmes et nous déplaçons jusqu'au bout du chemin où nous nous arrêtons un moment avant de pouvoir prendre la route.

Il est temps pour moi de commencer à prévenir les gens pour qui Ulrich comptait car partout où il est passé ou à travers le net, tout le monde aime Ulrich, son sacré caractère, son côté joueur et sa tête de poney qui empêche de lui en vouloir.

Et moi je vais réorganiser ma vie petit à petit. Il y aura la période des larmes qui montent pour rien (mais j'évacue comme ça) et qui m'empêchent de répondre au téléphone puis celle des questions existencielles : que vais-je faire de tout le matériel? que vais-je faire de mes week-ends? de mes après midi de libre, de mes vacances? 

Remonter à cheval? je ne sais pas, pas pour l'instant. 

En tout cas mon Ulrich, mon petit chou, mon petit con, mon Rickou tu m'as apporté tellement de chose que tu seras à jamais dans mon coeur : merci de m'avoir permis de vivre cette belle année avec toi, merci pour tous les moments sur ton dos ou à côté, même ceux le cul dans le sable car ils m'ont permis d'avancer. Je souhaite à chaque cavalier, de connaître un petit cheval comme toi dans leur vie.

Maintenant galope là haut à travers les étoiles, tu l'as largement mérité.